Cette cosmogonie est faite de plusieurs dualités :
- Première Dualité Soleil – Lune :
- Sarastro : Il est le symbole statique de l’homme, du bien. Il ne connaît pas la passion. En gardien du domaine de l’Esprit, il a succédé au père de Pamina qui en était le Maître. Il est symbolisé par le Soleil.
- La Reine de la Nuit : Elle est le symbole du mal, de la révolte de la femme contre la suprématie du « sexe-fort ». Elle est symbolisée par la Lune.
- Deuxième Dualité Feu – Eau :
- Tamino : Destiné à former le couple dans la plus haute acceptation du terme grâce à l’amour lui faisant surmonter les épreuves de l’initiation, il est symbolisé par le Feu. Il joue de la Flûte magique, symbole d’Air ; fabriquée sous l’averse (eau) au bruit du tonnerre (terre) et à la lueur des éclairs (feu), elle réunit les 4 éléments, d’où sa perfection.
- Pamina : Complémentaire de Tamino, elle est le moteur de leur initiation commune. Elle changera de monde en passant du règne de la nuit à celui du jour, du Soleil, par l’amour et par l’initiation. Elle est symbolisée par l’Eau.
- Troisième Dualité Air – Terre :
- Papageno : L’oiseleur figure l’humanité « ordinaire » pleine de bonne volonté mais sans courage et sans intelligence donc indigne d’être initié. Il est au service de la Reine de la Nuit mais, son voyage avec Tamino lui permettra de passer dans le règne du jour. Il est typiquement symbolisé par l’Air. Il joue du Glockenspiel, instrument du signe de Terre qui a une action irrésistible sur Monostatos et lors de l’épreuve de la Terre de Tamino.
- Monostatos le Maure : Il est le seul homme du Royaume de la Nuit après sa trahison (il fait le chemin inverse à Papageno). Sa noirceur de Maure est l’état civil traditionnel des gardiens d’esclaves. Elle évoque l’obscurité de la Terre qu’il symbolise.
- Personnages secondaires et autres symboles :
- Papagena : Malgré la frivolité du rôle, elle fait partie d’un ensemble de symboles et elle subit à sa façon les mêmes épreuves que les autres. Ce n’est qu’une fois ceux-ci terminés qu’elle pourra apparaître à l’oiseleur dans la fraîcheur de son apparence. Mais n’est-ce pas là l’illusion de l’homme échauffé par le vin et le désir ?
- Les 3 Dames : Elles sont les messagères de la Reine de la Nuit. Elles sont la symétrie féminine représentant l’ordre des Mopses en s’opposant à la Franc-Maçonnerie masculine d’Hiram (Temple de Sarastro). Elles sont initiées, le début de l’Opéra est bourré d’allusions au rituel féminin des Loges d’adoption (le serpent que tuent les Dames, les oiseaux que Papageno leur vend, le cadenas qu’elles lui appliquent sur la bouche,…) mais n’accéderont jamais à la Connaissance parfaite.
- Les 3 Enfants : Ils sont le pendant adverse des 3 Dames puisque leur tôle est justifié par l’incapacité de celles-ci à remplir la mission dont ils sont chargés. Mais ils sont aussi 3, âge symbolique de l’apprenti et manient l’équerre, la règle ou le compas. Ils sont annoncés comme « beaux, gracieux et sages » ce qui correspond aux 3 colonnettes du Temple : « Force, Beauté, Sagesse ». Une seule de ses vertus leur fait défaut : la force, remplacée par la grâce, conséquence de leur jeune âge.
- Les 2 Prêtres et l’Orateur : Il s’agit de fonctions réelles de la hiérarchie maçonnique dans une Loge, même si le mot « prêtre » est adapté à l’affabulation égyptienne. L’Orateur a conservé son nom et sa fonction qu’il cumule avec celle d’Expert.
- Les Hommes armés : La traduction est fausse car il s’agit plus « d’hommes revêtus d’une armure ». Celle-ci est noire et le feu brûle sur leur casque. Gardiens du Feu et de l’Eau, ils en portent les attributs (le Feu est explicite, l’Eau est figurée par l’une des couleurs correspondantes). L’armure en elle-même correspond au cliquetis d’armes du rituel lors de l’épreuve du Feu « emblème, dit Jules Boucher, des combats que l’homme est constamment forcé de soutenir ».
- Le Serpent : Il est symbole de la tentation, coupé en 3 (symbole masculin) par le javelot d’argent (symbole féminin) des 3 Dames.
- Le Cadenas : Appliqué à Papageno, à ce moment au service du Royaume de la Nuit, il faisait partie du rite de l’élévation féminine au grade de compagnon dont on scellait la bouche avec une truelle pour les mettre en garde contre le bavardage.
- Le Portrait : Tamino aborde grâce à lui l’amour véritable. Il contemple son aimée. Mais à travers elle, sans doute aussi lui-même puisque c’est grâce à elle qu’il aura le courage d’affronter les épreuves. On peut donc y voir une analogie certaine avec la scène du miroir de l’initiation maçonnique.
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